L’invention de l’imprimerie est un événement majeur dans l’histoire de l’humanité. Son développement a permis au savoir de se répandre et de se démocratiser. Souvent attribuée à Gutenberg, l’invention de l’imprimerie n’est-elle pas plus ancienne ?
Gutenberg a-t-il vraiment inventé l’imprimerie ?

L’invention de l’imprimerie est une étape majeure de l’histoire de la communication. Grâce à elle, les textes peuvent être reproduits en de nombreux exemplaires, plus rapidement et à moindre coût.
Cette invention est souvent attribuée à Johannes Gutenberg au XVe siècle. Pourtant, des techniques d’impression existaient déjà en Asie plusieurs siècles auparavant. L’imprimerie n’est donc pas l’invention d’un seul homme : elle résulte d’une longue succession d’innovations.
Les premières impressions par xylographie

Les premières techniques d’impression se développent en Asie orientale entre le VIIe et le VIIIe siècle.
La xylographie consiste à graver toute une page, à l’envers, sur une planche de bois. La planche est ensuite recouverte d’encre, puis une feuille de papier est appliquée dessus. Une même planche permet ainsi d’imprimer plusieurs exemplaires d’une page.
Cependant, chaque nouvelle page nécessite de fabriquer une nouvelle planche. La gravure demande donc beaucoup de temps et la moindre erreur oblige parfois à recommencer tout le travail.
Le Sūtra du Diamant, imprimé en Chine en 868, est le plus ancien livre imprimé complet portant une date connue. Il a été réalisé à l’aide de planches de bois gravées.
Les caractères mobiles venus d’Asie

Entre 1041 et 1048, l’artisan chinois Bi Sheng imagine une technique plus souple : les caractères mobiles.
Chaque signe est gravé séparément dans de l’argile, puis durci par la cuisson. Les caractères sont assemblés pour former une page, imprimés, puis récupérés afin de composer un nouveau texte.
Cette technique est ingénieuse, mais la langue chinoise comporte des milliers de caractères différents. Leur fabrication, leur classement et leur recherche restent donc complexes. La xylographie continue ainsi d’être largement utilisée en Chine. La BnF distingue bien les planches xylographiques des caractères mobiles apparus au XIe siècle.
Au XIIIe siècle, des artisans coréens fabriquent des caractères mobiles en métal, plus résistants. Le Jikji, imprimé en Corée en 1377, est aujourd’hui le plus ancien livre conservé réalisé avec des caractères mobiles métalliques. Il précède la Bible de Gutenberg de près de quatre-vingts ans. Il est inscrit au registre Mémoire du monde de l’UNESCO
Au début du XIVe siècle, le Chinois Wang Zhen développe également l’utilisation de caractères mobiles en bois et imagine un système permettant de les classer plus facilement.
Le papier, indispensable à l’imprimerie

Le papier existait déjà en Chine avant Cai Lun, mais celui-ci contribue à perfectionner sa fabrication vers l’an 105. Il utilise notamment des fibres végétales, de l’écorce, du chanvre et des morceaux de tissu. Cette méthode permet de produire du papier en plus grande quantité.
Progressivement, le savoir-faire des papetiers se diffuse vers la Corée, le Japon, l’Asie centrale, le monde musulman puis l’Europe.
Au Moyen Âge, les Européens écrivent surtout sur du parchemin, fabriqué avec des peaux d’animaux. Solide mais coûteux, celui-ci convient mal à la production de milliers de livres. Le papier, moins cher et plus facile à fabriquer en quantité, devient le support idéal pour le développement de l’imprimerie.
Gutenberg perfectionne l’imprimerie en Europe

Vers 1450, à Mayence, l’orfèvre allemand Johannes Gutenberg met au point un système d’impression adapté à l’alphabet européen.
Gutenberg n’est donc pas le premier à utiliser des caractères mobiles. Rien ne permet non plus d’affirmer qu’il connaissait directement les techniques chinoises ou coréennes. Son apport consiste surtout à réunir plusieurs innovations dans un procédé fiable et efficace :
- des caractères mobiles métalliques solides et réutilisables ;
- un moule permettant de fabriquer des lettres de dimensions régulières ;
- une encre grasse, qui adhère correctement au métal ;
- une presse à vis, adaptée des pressoirs utilisés en Europe.
L’alphabet latin ne comporte qu’un nombre limité de lettres. Il est donc beaucoup plus facile de fabriquer, classer et réutiliser les caractères nécessaires.
Comment fonctionne la presse de Gutenberg ?

L’impression d’une page se déroule en plusieurs étapes :
- Le typographe aligne les caractères métalliques pour composer les mots et les lignes.
- Les caractères sont serrés dans un cadre afin de former la page.
- Leur surface est recouverte d’encre.
- Une feuille de papier est placée sur les caractères.
- La presse exerce une forte pression pour transférer l’encre sur le papier.
- Les caractères sont ensuite nettoyés et rangés pour être réutilisés.
Une fois les caractères fabriqués, il devient possible de recomposer et d’imprimer une grande variété de textes.
La Bible de Gutenberg

Vers 1454-1455, Gutenberg achève l’impression de sa célèbre Bible à 42 lignes. Environ 180 exemplaires auraient été produits, certains sur papier et d’autres sur parchemin. Les lettrines et les décorations sont encore ajoutées à la main, ce qui donne à chaque exemplaire une apparence légèrement différente. La BnF situe son achèvement en 1455.
Cette Bible démontre qu’il est désormais possible de produire mécaniquement un ouvrage long, régulier et de grande qualité.
Une révolution dans la diffusion des connaissances

L’imprimerie se répand très rapidement dans les villes européennes. Avant l’année 1500, des dizaines de milliers de titres et plusieurs millions de livres sont déjà imprimés. Ces premiers livres sont appelés des incunables.
La fabrication des ouvrages devient plus rapide et leur prix diminue progressivement. Les mêmes textes peuvent circuler dans de nombreux pays sans devoir être entièrement recopiés à la main.
L’imprimerie favorise ainsi :
- la diffusion des connaissances scientifiques ;
- le développement de l’éducation et de la lecture ;
- la circulation des idées religieuses et politiques ;
- la conservation des textes anciens ;
- la standardisation progressive des langues et de l’orthographe.
Cependant, cette diffusion n’est pas immédiatement accessible à tous. Les livres restent encore coûteux et une grande partie de la population ne sait pas lire.
L’évolution des caractères typographiques

Les graveurs et les imprimeurs cherchent rapidement à rendre les textes plus lisibles et plus élégants. Ils créent différentes polices de caractères.
Au XVIe siècle, le Français Claude Garamont, plus connu sous le nom de Garamond, dessine des caractères aux formes équilibrées. Au XVIIIe siècle, l’Anglais John Baskerville propose des lettres plus contrastées. En France, la famille Didot crée ensuite des caractères reconnaissables à leurs traits fins et géométriques.
Ces polices, d’abord fabriquées en métal, existent encore aujourd’hui sous forme numérique.
Alors, qui a inventé l’imprimerie ?

Il n’existe pas un unique inventeur de l’imprimerie.
Les artisans asiatiques ont développé la xylographie, les caractères mobiles en céramique, puis les caractères métalliques. Les papetiers ont fourni un support économique et facile à produire. Gutenberg a ensuite perfectionné et organisé ces principes pour créer, en Europe, un système d’impression rapide et reproductible.
L’imprimerie est donc une invention collective, construite progressivement grâce aux innovations de plusieurs civilisations.








